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Haïti : "Agreenium nous donne envie de faire des choses ensemble."

C'est ce qu'exprime Jérôme Thonnat de Montpellier SupAgro à son retour de mission en république d'Haïti...
Agreenium : Quelle est ta perception des actions conduites dans le cadre de l'après-séisme en Haïti ?

JT
: L'opération Haïti a valeur d’exemple. Elle a été intéressante sur le fonctionnement, sur le mode d'action et sur la façon dont Agreenium réagit quand la DGER ou un ministère vient le solliciter.
Chacun des membres avait historiquement des collaborations avec Haïti. Le Cirad avait quelques projets. Montpellier SupAgro coordonnait un projet Edulink sur le renforcement de la professionnalisation des formations d'ingénieurs, en collaboration avec AgroParis Tech et Agrocampus Ouest. Les trois écoles accueillaient régulièrement quelques étudiants haïtiens, notamment sur des financements régionaux (région Bretagne), nationaux (MAEE) ou internationaux (Banque Mondiale).
Rapidement, après le séisme, tout le monde a été interpellé : que fait-on pour Haïti ? La partie haïtienne nous a sollicité et nous avons décidé d'y répondre de façon coordonnée, en réfléchissant et en raisonnant collectivement les choses à l’échelle d’Agreenium. Un groupe de personnes a été identifié à partir du vivier de chacun des membres. L'information dont chacune disposait s'est mise très vite à circuler dans le groupe. Chacune la rediffusait ensuite au sein de sa propre institution auprès des collectifs intéressés.

Parallèlement, une conférence, organisée à Paris par le MAE et le MESR, a accueilli une délégation universitaire haïtienne. Elle a confirmé que l'enseignement supérieur était un secteur d'investissement important pour reconstruire Haïti. Elle a permis d'identifier les partenaires universitaires haïtiens avec lesquels nous devions travailler pour comprendre les attentes des Haïtiens dans nos domaines de compétences.
Cela a débouché sur deux missions, une centrée sur la recherche agronomique et une autre sur les problématiques d'enseignement supérieur et de formation professionnelle agricole. Leur objectif commun était de faire un état des lieux, un bilan de la situation et un recensement des attentes des partenaires haïtiens auxquelles les membres d'Agreenium pouvaient apporter collectivement des réponses.
J'ai participé à cette deuxième mission avec Christophe Sodore en juin-juillet 2010, couplée à une mission des établissements d’enseignement technique agricoles d'Antilles-Guyane.
Christophe et moi nous sommes alors retrouvés avec une liste d’une vingtaine de candidatures, sélectionnées par les services de l’Ambassade de France en Haïti pour des bourses d'étudiants. Comment traiter cela, depuis Haïti ? Comment instruire ce dossier ? Nous avons naturellement décidé de mutualiser nos procédures de recrutement des étudiants boursiers haïtiens. Le partage avec Joëlle s'est fait au retour et l'affaire s'est bien passée auprès de nos établissements, alors que toutes les commissions d'admission des masters étaient pourtant closes ! Agreenium a apporté un cofinancement aux bourses du MAEE ce qui a permis l’accueil dans nos établissements de sept étudiants haïtiens, auxquels se sont ajoutés quatre autres venant sur d’autres financements. Et cette année, j'y suis allé seul et ai traité les dossiers sur la base des principes qu'on s'était donnés, on s'est mis d'accord à mon retour, on a réparti les étudiants en fonction des spécialités, en préservant un équilibre entre établissements, et chacun est intervenu ensuite auprès des équipes pédagogiques des Master pour que ces candidatures soient prises en considération. Sur 44 dossiers de candidatures proposées par l’Ambassade, une quinzaine a été retenue. Ces étudiants devraient donc pourvoir effectuer leur cursus en Master 2 en 2011-2012.
Par ailleurs, deux missions d’expertise devraient se dérouler sur financement européen (EDULINK) avant l’été en appui à la rénovation des cursus de la Faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire à Port au Prince.
Cette illustration montre comment Agreenium peut et doit inciter ses membres à travailler ensemble et à combiner leurs compétences.

Agreenium : Et à titre personnel ?

JT
: J'ai été personnellement très touché car j'ai travaillé en Haïti pendant quatre ans, de 1996 à 2000.
J'ai trouvé un grand plaisir à travailler avec les collègues des autres établissements : pouvoir réfléchir et discuter collectivement sur ce qu'on fait donne du sens. C'est un des effets positifs d'Agreenium, pas forcément mesurable. Avec Joëlle et Christophe, nous nous sommes rencontrés plusieurs fois, nous avons fait connaissance, échangé, tissé des liens, ce qui nous a permis d'établir un climat de confiance et donné envie de construire ensemble. Haïti nous donne des pistes de travail qui pourront être mises à profit ultérieurement.

Les trois scénarios envisagés par la mission recherche ont également inspiré notre réflexion, car la recherche est dans le même état que la formation professionnelle agricole en Haïti : il faudrait des d'états généraux, des assises nationale, sur les stratégies, sur l’organisation du dispositif et sur les rôles des différents acteurs. Il y a des réflexions à conduire sur le dispositif de formation professionnelle agricole et rurale, qui s’est étiolé progressivement. Il n'y a plus de formation de technicien dans le dispositif public depuis les années 80, ni même en direction des producteurs. Le domaine est actuellement pris en charge par les ONG et les projets de développement. L'USAID va par ailleurs financer de gros projets de vulgarisation à l'échelle nationale, qui ne prendront pas en charge la construction de compétences pour que les producteurs soient en mesure de comprendre les innovations, de les métisser, de les hybrider, de faire des choix, de piloter leur exploitation, de gérer leurs organisations…autant d’activités qui relèvent du domaine de la formation professionnelle agricole et qu’il serait utile de mettre en place en complémentarité des actions de vulgarisation.
Il faut donc appuyer les autorités haïtiennes pour un redéploiement des activités du dispositif de formation agricole et de recherche appliquée venant en complément du plan national de vulgarisation.

Rédaction : eric loffeier
Date de création : 17 Juin 2011
Mise à jour : 20 Juillet 2011

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